Deux mots, piochés au hasard dans le dictionnaire, sont la base de ces variations photographiques, parentes éloignées de l'écriture automatique des Surréalistes. « Cruellement rustine », « cardiologie galiléenne », « cuisseau discret », autant de collisions, qui déterminent chaque semaine la transformation de cette matière première que j’ai sous la main : moi. Il ne s’agit pas de prendre chaque mot au pied de la lettre mais de laisser place à l’interprétation, à l’inattendu, à l’humeur du moment, avec l’envie de sortir de soi, d’être autre, d’être toutes les facettes inenvisageables d’un même grain de poussière. Avec la seule participation du retardateur de mon appareil, magnifique invention, je me grime, me découpe, me (dé)voile. Et de l’exercice hebdomadaire est née une véritable obsession, celle d’imaginer, de produire, de m’exprimer, en images, encore et encore, comme une parole qui se libère et devient intarissable. Dans ce sens là alors oui, peut-être, il s’agit d’autoportraits.

Laura Cohen