Le photographe est peu connu du grand public. Arrivé de Bucarest à Paris en 1924, à même pas vingt ans, Eliazar Lotar Teodorescu ambitionne de devenir cinéaste. Sa liaison avec la jeune photographe allemande Germaine Krull en décidera autrement. Celui qui se fera appeler plus simplement Eli Lotar apprend les techniques de prise de vue, adhère aux tendances modernes de la Nouvelle vision et signe un reportage singulier sur les abattoirs de la Villette qui séduit le groupe des Surréalistes. Lotar ne tarde pas à s'impliquer dans les milieux politiques opposés aux régimes totalitaires qui menacent l'Europe des années 1930. Il croisera les jeunes Robert Capa et Henri Cartier-Bresson à l'A.E.A.R., l'Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires et ce foyer intellectuel l'orientera vers d'autres domaines comme le théâtre ou le cinéma de ses rêves d'adolescent roumain. En même temps qu'elle rend justice à l'artiste majeur qu'est Eli Lotar, l'exposition du jeu de Paume apporte un éclairage passionnant sur cette période d'entre deux-guerres.

Hervé Le Goff

•Éli Lotar, Jeu de paume, 1, place de la Concorde, Paris 8e, jusqu'au 28 mai 2017