Photographier un outil ou les structures d'une usine, la démarche était audacieuse dans ces années 1920, quand la photographie brillait des derniers feux du courant pictorialiste des paysages harmonieux et du bon goût des natures mortes. Albert Renger-Patzsch appartient à la génération de photographes allemands touchés par le courant de la Nouvelle Objectivité des peintres qui ont su trouver de la beauté dans l'espace ordinaire du travail et de la vie. Avant de sonder la beauté cachée du monde industriel et des objets ordinaires, Renger-Patzsch s'est intéressé à la nature qu'il a photographiée dans ses rythmes et ses structures géométriques. Son travail de photographe publicitaire a conforté l'essor d'une photographie émancipée, fondée sur ses propres règles esthétiques, absolument éloignées des codes de la peinture, revendiquant un rendu d'exactitude. L'importante rétrospective du Jeu de Paume met au jour l'extraordinaire modernité du regard du photographe allemand décédé en 1966, laissant une œuvre dont l'Ecole de Düsseldorf a su prolonger l'esprit et répandre le génie.

Hervé Le Goff

•Albert Renger-Patzsch (1897-1966) Les Choses. Jeu de Paume, 1, place de la Concorde, Paris 8e. Du 17 octobre 2017 au 21 janvier 2018.